Massy,

Place de la Mairie,

En 2026, en France, le racisme et islamophobie tuent. La République ne peut pas se contenter de le déplorer : elle doit le combattre avec détermination, sans faiblesse et sans discrimination. La République doit aimer tous ses enfants du même amour. Le CIFORDOM condamne avec la plus grande fermeté l’attentat à caractère raciste perpétré le vendredi 23 octobre 2026 à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Des tirs ont coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, jeune homme de 26 ans, et fait plusieurs blessés, dont des personnes de très jeune âge. Le CIFORDOM adresse ses condoléances les plus sincères à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’aimaient. Nous leur exprimons notre compassion et notre solidarité dans cette épreuve d’une douleur incommensurable. Nous adressons également notre soutien fraternel à toutes les autres victimes, à leurs familles et à leurs proches.

Un crime contre l’humain, mais aussi contre l’idée même qu’on se fait de la France. Des personnes noires, maghrébines ou perçues comme non blanches sont maintenant  des cibles, indépendamment de leur âge, de leur genre, de leur histoire personnelle ou de leurs convictions parce que des politiques, voire des intellectuels font de ces personnes, des cibles à rejeter, et à tuer. C’est ce crime qui nous rassemble aujourd’hui. C’est précisément ce qui rend cette violence si glaçante : elle signifie qu’une personne pourrait être menacée, blessée ou tuée non pour ce qu’elle a fait, mais pour ce qu’un autre lui attribue. La prétendue appartenance à une communauté, une origine ou une religion devient alors un motif de persécution. Pengo est tombé, non déplaise au Président de la République, il ne s’agit pas du premier acte terroriste commis au non d’une hideuse idéologie fascisante et suprématiste. Les noms des victimes s’égrènent sur les lèvres des familles endeuillées malgré la silenciation et l’invisibilisation que les médias et un certain nombre d’hommes politiques pratiquent : Djamel Benjaballah en 2024, Aboubakar Cissé en 2025, Hichen Miraoui en 2025, Emine Kara, Mir Perwer, Abdurhammane Kizil en 2022, Frédérico Martin Aramburu en 2022

Nous devons avec  le CIFORDOM  rappeler avec force : aucune couleur de peau ne constitue une faute, aucune origine n’est un soupçon, aucune religion n’est supérieure à une autre.

Mesdames et messieurs, rien ne saurait , justifier qu’une personne soit désignée comme une cible pour qu’il est ou pour ce qu’il croit. Le CIFORDOM dénonce cette logique raciste et islamophobe, comme il dénonce l’antisémitisme et toutes les formes de haine qui assignent les êtres humains à une identité supposée pour leur contester leur place dans la société. Le racisme, l’islamophobie et l’antisémitisme ne sont pas de simples écarts de langage ou des opinions sans conséquence. Ils portent atteinte à la dignité humaine, menacent la cohésion nationale et offensent les principes fondateurs de la République française.

Que les politiques en soient convaicus, les canditats à l’élection présidentielle à venir, aussi.

Pensez à l’Abbé Grégoire hier et à la France d’aujourd’hui, à la France de demain : une même exigence d’émancipation. La France aime se présenter au monde comme la patrie des droits de l’Homme. Encore faut-il que cet idéal soit une réalité pour toutes et tous, et non un privilège réservé à celles et ceux que certains voudraient définir comme les seuls Français légitimes. Le Panthéon honore la mémoire de l’Abbé Grégoire, dont le combat révolutionnaire et l’engagement durable en faveur des droits des Juifs et des personnes noires témoignent d’une intuition politique fondamentale : l’émancipation humaine ne saurait être divisée en causes concurrentes. Dès la Révolution française, l’Abbé Grégoire défendait les droits des personnes noires et combattait les préjugés qui frappaient les Juifs. Il nous rappelle que l’universalisme n’a de sens que s’il refuse les hiérarchies entre les êtres humains et s’il s’applique à toutes les composantes de la société. Nous ne pouvons donc pas accepter que la lutte contre une forme de racisme serve à en minimiser une autre. On ne combat pas l’antisémitisme en tolérant l’islamophobie ; on ne combat pas l’islamophobie en relativisant le racisme antinoir ; on ne défend pas la République en abandonnant certaines de ses composantes à la peur et à la suspicion.

La République est une et indivisible dans ses principes comme dans l’exigence d’égalité qu’elle doit à chacune et chacun. En 2014, le CIFORDOM demandait déjà un véritable plan pour en finir avec le racisme, tous les racismes. Le CIFORDOM n’a pas attendu ce drame pour alerter sur la nécessité d’une politique publique ferme, cohérente et durable. Le 17 juillet 2014, notre association remettait à l’Elysée, à François Hollande, alors président de la République, les 6000 premiers signataires de sa pétition intitulée « Un véritable plan pour en finir avec le racisme ». Cette initiative portait une conviction toujours actuelle : les proclamations de principe ne suffisent pas. La lutte contre le racisme exige des actes, une volonté politique et l’application effective de la loi. Nous demandions notamment une réponse judiciaire plus ferme aux infractions racistes, une responsabilisation accrue des auteurs de propos et d’actes haineux, ainsi qu’une action éducative permettant de mieux faire connaître l’histoire du racisme, de la traite négrière et de l’esclavage. Plus de douze ans après, l’attentat de Trappes rappelle tragiquement que cette exigence demeure entière. Il ne s’agit pas de prétendre qu’une pétition aurait pu, à elle seule, empêcher un tel crime. Il s’agit de constater que les alertes des associations antiracistes ne peuvent être durablement entendues sans se traduire par des politiques publiques à la hauteur du danger. Notre pétition de 2014 demeure une exigence citoyenne : faire de la lutte contre le racisme une priorité effective de la République

Les responsables politiques et les médias ont une responsabilité particulière. La liberté d’expression est une conquête essentielle de notre démocratie. Elle ne doit cependant pas servir de paravent à la banalisation des discours de haine, aux provocations racistes ou à la désignation répétée de populations comme des menaces pour l’identité nationale. Lorsque des responsables politiques diffusent des propos qui stigmatisent des personnes en raison de leurs origines, de leur couleur de peau ou de leur religion, ils doivent mesurer la portée de leurs paroles. Lorsque certains médias reprennent, amplifient ou banalisent ces discours sans les soumettre à un examen critique, ils doivent également s’interroger sur leur responsabilité dans le débat public et nous devons les rappeler à l’ordre et les combattre.

La théorie dite du « grand remplacement », notamment, nourrit une représentation anxiogène de l’évolution démographique, en présentant la présence de populations issues de l’immigration comme une menace collective.

C’est inadmissible. Son usage dans le débat public appelle une discussion rigoureuse sur les faits, les mots et les conséquences de telles représentations. Nous ne prétendons pas établir un lien de causalité direct entre une déclaration politique particulière et le passage à l’acte d’un individu, mais on se doit de ne pas dire n’importe quoi. Nous refusons que les effets possibles de la banalisation des préjugés soient ignorés ou considérés comme négligeables.

Les responsables politiques, quelle que soit leur origine familiale, ont le devoir de répondre de leurs propres paroles et de leurs actes publics. L’origine immigrée d’une personne ne rend pas ses propos automatiquement antiracistes, pas plus qu’elle ne l’exonère de sa responsabilité.

Que dire des propos de Monsieur Zémour ? Et il n’est pas le seul !. Et doit-on favoriser ou fleurter avec les partis qui prêchent la haine de l’autre et du migrant, Ce sont les actes, les déclarations et leurs conséquences qui doivent être examinés, selon les mêmes exigences pour toutes et tous. Le CIFORDOM appelle donc les responsables politiques à renoncer aux stratégies de stigmatisation, à condamner sans ambiguïté les propos racistes et à contribuer à un débat démocratique qui ne transforme jamais une partie de la population en ennemie intérieure. Il demande également aux médias de ne pas confondre mise en débat et banalisation, ni liberté éditoriale et absence de responsabilité.

Le CIFORDOM veut des débats contradictoires sur les antennes, et des mesures concrètes de l’Etat pour que les valeurs de la République s’appliquent à tous.

Le CIFORDOM vous invite à regarder les propositions de sa pétition de 1014 et appelle les pouvoirs publics à engager une action résolue pour favoriser le vivre ensemble, autour de plusieurs priorités :

1. Faire appliquer effectivement la loi – 2. Responsabiliser les auteurs de discours de haine – 3. Renforcer la prévention et l’éducation – 4. Protéger les personnes et accompagner les victimes – 5. Faire reculer les discriminations dans la vie quotidienne – 6. Évaluer publiquement les politiques antiracistes.

Mesdames et messieurs, ne cédons pas  à la haine : construisons une France fidèle à elle-même. La réponse à la violence raciste doit être la justice, la solidarité, la fraternité et la protection des personnes menacées.

L’école, l’éducation, la transmission doivent jouer un rôle premier et permanent.

Pengo Bossio Wangi était un jeune homme de 26 ans, avec sa vie, ses projets, ses proches et son avenir. Sa mémoire appelle à défendre le droit de chacun à vivre librement, à travailler, à participer au développement économique du pays, à faire vivre sa famille, éduquer ses enfants sans avoir à renier ses origines. La France que nous voulons  est une France qui ne se dissimule pas sa diversité, mais la reconnaît sans fard ; des femmes et des hommes qui ont payé le prix du sang, une France respectueuse de toutes ses composantes, attentive aux blessures de son histoire et garante de rapports réellement égalitaires entre ses citoyens. Cette France n’est ni celle de la peur ni celle de l’effacement des différences, ce n’est pas celle de Zemour ni celle de Marine Lepen, c’est celle ou les différences ne déterminent jamais la valeur d’une personne ni l’étendue de ses droits.

Le CIFORDOM continuera de porter cette exigence : aucune victime ne doit être abandonnée, aucun racisme ne doit être relativisé, aucune promesse républicaine ne doit rester lettre morte. Parce que la République n’est fidèle à elle-même que lorsqu’elle protège toutes et tous, nous appelons les pouvoirs publics, les élus, les médias, les associations et l’ensemble des citoyens à faire de la lutte contre le racisme et l’islamophobie  une cause nationale, une responsabilité commune, concrète et permanente.

José PENTOSCROPE
Président du CIFORDOM
Initiateur du Prix littéraire FETKANN ! Maryse Condé