C’est un phare allumé sur mille citadelles (Charles Baudelaire « Les phares ») qui vient de s’éteindre. Il laisse son pays ballotté par le vent et une force impétueuse.

Jesse Jackson, figure emblématique de la lutte pour les droits civiques aux États-Unis, décédé mardi 16 février à l’âge de 84 ans, a été un acteur majeur du mouvement pour les droits civiques, notamment en participant aux marches de Selma à Montgomery en Alabama.

Selon le New York Times, son éloquence passionnée et sa vision humaniste d’une « coalition arc-en-ciel » des pauvres et des oubliés ont fait de lui la figure noire la plus influente du pays durant les années qui ont séparé les croisades pour les droits civiques du révérend Dr Martin Luther King Jr. et l’élection de Barack Obama.

Né le 8 octobre 1941 à Greenville, en Caroline du Sud, Jesse Jackson s’est engagé en politique dès son plus jeune âge. Il s’est fait connaître dans les années 1960 en tant que leader de la Southern Christian Leadership Conference de Martin Luther King. Il était même présent lors de l’assassinat de Martin Luther King à Memphis en avril 1968. « Nous étions traumatisés de le voir gisant là, baignant dans son sang, à 39 ans », se souvenait Jackson un demi-siècle plus tard dans une interview accordée au Guardian. « Il avait tant fait pour améliorer l’Amérique, bâti des ponts, sacrifié ses moyens de subsistance, sacrifié sa vie. »
Jackson a ensuite poursuivi le combat de King pour la justice et l’égalité.
Selon Bloomberg, le flamboyant Jackson a créé sa propre organisation de défense des droits civiques, People United to Serve Humanity, également appelée Operation PUSH, en 1971. Par la suite, il a créé la National Rainbow Coalition, un groupe politique multiracial, avant de fusionner les deux organisations au milieu des années 1990 pour former la Rainbow PUSH Coalition, une organisation à but non lucratif basée à Chicago et œuvrant pour l’émancipation politique et économique des minorités. Il a quitté son poste de président en 2023.

Selon Bloomberg, Jackson était le deuxième démocrate noir à se présenter sérieusement à la plus haute fonction du pays, après la candidature de Shirley Chisholm, représentante américaine, en 1972.
Lors de sa campagne pour l’investiture démocrate en 1984, Jackson a recueilli 18 % des voix aux primaires, terminant troisième derrière Gary Hart et le futur candidat Walter Mondale. En 1988, il a obtenu 29 % des suffrages démocrates et remporté 13 primaires et caucus, devancé seulement par Michael Dukakis, alors gouverneur du Massachusetts.
Il s’est présenté à la présidence en 1984 et 1988, attirant les électeurs noirs et de nombreux libéraux blancs lors de deux campagnes dynamiques qui ont finalement échoué à une époque où Ronald Reagan dominait la scène politique.
Le militant des droits civiques a utilisé la rime pour rendre son discours mémorable, plaidant pour l’égalité des chances en matière d’emploi et d’entrepreneuriat pour les Afro-Américains. « Nous avons laissé la mort changer de nom, passant de la corde du Sud à la drogue du Nord », a-t-il déclaré. « Trop de jeunes Noirs ont été victimes de la drogue, au lieu de l’espoir qu’on leur a inculqué. »
Il a popularisé le poème des années 1950 « Je suis — Quelqu’un », qui commence ainsi : « Je suis — Quelqu’un. Je suis peut-être pauvre, mais je suis — Quelqu’un. »

Jesse Jackson avait tissé des liens avec les Outre-mer français, dans lesquels il voyait une part essentielle de la diaspora africaine et des territoires symboliques de la mémoire de l’esclavage. Selon lui, ces espaces politiques et culturels partageaient les valeurs qu’il défendait : légalité, la dignité, la résistance.

En juillet 2015, ce défenseur de la cause noire était venu en visite officielle aux Antilles. En Guadeloupe, il avait été acclamé par un public conquis. « Je suis un membre de la famille, pas un étranger, je suis à la maison. Cela fait du bien d’être à la maison », avait-t-il déclaré, selon le média News Antilles.

Cette icône de la lutte contre le racisme aux Etats-Unis avait pris plusieurs fois la parole sur le territoire. Dans un discours au conseil régional, il avait appelé à l’égalité entre les hommes. Il avait ensuite donné une conférence sur le thème « Delgrès, Ignace, Solitude… Héros guadeloupéens et luttes des peuples noirs pour l’égalité », avant de visiter le MACTe, haut lieu de la mémoire de la traite et de l’esclavage.

Cette mémoire de l’esclavage, Jesse Jackson se battait pour la garder vive. A ce titre, il avait été invité à Paris, le 10 mai 2016, pour la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, où il avait échangé une accolade avec Christiane Taubira. Il avait d’ailleurs salué l’œuvre de la Guyanaise à l’origine de la loi portant son nom et faisant de l’esclavage un crime contre l’humanité. « Les descendants d’esclaves doivent être des employeurs et non plus des employés », avait lancé le pasteur baptiste devant une foule plus qu’attentive. Dans un discours fort et émouvant, il avait invité son auditoire  » à ne pas renoncer »

Jesse Jackson a été fait Commandeur de la Légion d’honneur par le Président Emmanuel Macron, le 19 juillet 2021.

« Notre père était un leader et un serviteur – non seulement pour notre famille, mais aussi pour les opprimés, les sans-voix et les oubliés à travers le monde », souligne le communiqué publié par sa famille.

Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Et vient mourir au bord de votre éternité!
(Charles Baudelaire « Les phares »)

Que des jeunes puissent s’inspirer du combat de Jesse Jackson et s’engager dans la même voie que lui pour que le rêve du Docteur King, enfin se réalise : Rêvons que nos enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère, rêvons qu’un jour, les petits garçons blancs et les petites filles noires, pourront se donner la main partout, comme frères et sœurs ».

Le CIFORDOM et son Président, José Pentoscrope, rendent hommage à un homme engagé, un humaniste, un militant.

A ses amis et à ses proches, au nom du CIFORDOM et en mon nom personnel, le CIFORDOM adresse ses condoléances attristées.

José Pentoscrope
Président du CIFORDOM